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Le Malade Imaginaire annulé pour cause de canicule ou quand Argan rencontre le droit du travail

Dimanche, je devais aller voir Le Malade imaginaire. La représentation a finalement été annulée : la salle n’était pas climatisée et la chaleur rendait impossible la tenue du spectacle.

Ma première réaction a été celle d’une spectatrice déçue. Je me suis ensuite dit qu’au fond, ce n’était pas une histoire de théâtre. C’était une histoire de travail. Derrière cette annulation, il y avait des comédiens, des musiciens, des techniciens, des habilleuses, des ouvreurs, des régisseurs… Des femmes et des hommes qui, comme tant d’autres, ne pouvaient plus exercer leur métier dans des conditions compatibles avec leur santé.

Ironie de la situation : Molière avait construit toute sa pièce autour d’un homme persuadé d’être malade, moquant avec génie les maux imaginaires et les faux remèdes. Trois siècles plus tard, ce sont les théâtres qui ferment, non plus à cause d’un mal que certains voudraient encore nous faire croire imaginaire, mais parce que la chaleur est devenue un risque bien réel.

Pendant longtemps, en droit du travail, la chaleur relevait essentiellement de l’obligation générale de sécurité de l’employeur. Elle était appréhendée comme n’importe quel autre risque professionnel, à travers l’article L. 4121-1 du Code du travail. Cette approche évolue avec le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025. Pour la première fois, le Code du travail consacre un dispositif spécifique aux épisodes de chaleur intense. Le risque lié à la chaleur devient un risque professionnel identifié auquel sont désormais attachées des obligations de prévention spécifiques.

L’évolution est loin d’être symbolique. Le texte ne demande plus seulement à l’employeur de réagir lorsqu’il fait chaud ; il lui impose d’anticiper. Dès la vigilance jaune, orange ou rouge de Météo-France, le risque doit être évalué, intégré au DUERP et des mesures adaptées doivent être prévues puis mises en œuvre : adaptation des horaires, réorganisation du travail, augmentation des pauses, accès à une quantité suffisante d’eau fraîche, aménagement des postes, information des salariés, procédures d’alerte et de secours…

L’instruction de la Direction générale du travail du 22 mai 2026 s’inscrit dans cette logique. Elle mobilise l’inspection du travail autour de la mise en œuvre de ces nouvelles obligations et prévoit un renforcement des contrôles pendant les épisodes de forte chaleur. Quelques semaines plus tard, le ministère du Travail réunissait les partenaires sociaux pour ouvrir une réflexion plus large sur l’adaptation durable de l’organisation du travail aux chaleurs extrêmes. Le sujet dépasse désormais la seule gestion d’un épisode caniculaire : il interroge notre manière de travailler dans un climat qui change.

En tant qu’avocate d’employeurs, je mesure combien ces nouvelles obligations soulèvent des questions très concrètes. Le décret du 27 mai 2025 n’est sans doute qu’une première étape de l’adaptation du droit au changement climatique. Notre rôle consiste désormais à aider les entreprises à traduire ces nouvelles exigences en solutions pragmatiques. Au fond, en droit du travail comme ailleurs, anticiper coûte presque toujours moins cher que réparer.

Dimanche, je ne verrai finalement pas Le Malade imaginaire. Cette annulation m’aura au moins rappelé combien Molière demeure d’une étonnante actualité lorsqu’il écrit que « presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non de leurs maladies ». Face aux chaleurs extrêmes, le meilleur remède porte un nom beaucoup moins théâtral : l’anticipation.